l'écrit de Daniel 3

 

J'ouvre la porte du dressing et aussitôt l'idée que des choses s'y passent dans le noir m'ont donné à écrire :

Histoire tirée du placard

 

234Penderie

 

 

"Encore !"

Une petite nouvelle tente de faire son trou pour arriver à se loger dans le placard.

"Ne poussez pas ! Il y a du monde arrivé bien avant vous "

"Mais ne me serrez pas de trop près… ! "

 

On ne peut pas dire qu'une bonne ambiance régnait ici et que les nouveaux ou nouvelles locataires recevaient le meilleur accueil.

Certains cintres un peu agités portant costumes et cravates ne perdaient pas de temps pour faire déjà la cour à la petite dernière.

"Vous portez là une bien jolie robe et ce petit décolleté bordé de dentelles nous vous convient à ravir. Il vous donne d'ailleurs meilleure mine."

A l'opposé aussi les affaires d'homme recevaient compliments et avertissements :

"Votre cravate est bien assortie à votre veston ; et puis vous, vous savez parler aux dames ! Vous êtes bien aimable, mais bas les pattes ! "

 

"Lumière ! "

Ça rouspétait dans le placard !

Quelqu'un venait de refermer la porte et plongeait dans le noir la clique de cintres porte robes et portemanteaux.

 

"J'ai peur dans le noir ! " braillait le short court blanc.

 

"N'en profitez pas avec vos mains baladeuses !" La mise en garde s'adressait au paletot à grandes manches

 

Dans le placard ça swinguait. Les minijupes tirées de droite et tiraillées de gauche par les manches de costards ne savaient pas où se planquer.

Les jeans hommes coincés entre jupes et jupons étaient pris à parti et recevaient des coups de cintres.

 

Ça sentait la poudre : il allait falloir faire une demande pour une séparation solide et définitive entre les mecs et les nanas. L'inventeur des placards mixtes devrait revoir sa copie...

 

"Attention aux pickpockets ! "

Les falzars se dépêchaient de faire un nœud à leurs poches.

 

"Ne poussez pas ! Attention ! Je vais tomber ! "

Il se produisait un tel remue-ménage, une telle bousculade dans le placard que ceux ou celles qui se trouvaient en bout de tringle risquaient de dégager : une sorte de crise du logement.

 

Les jupes plissées se plaignaient qu'on les déplissait ; les corsages s'indignaient qu'on les fripe. Quel cirque ! Sans compter que les articles de marques sortaient les griffes ou les dents comme un certain crocodile pour ne pas citer de nom.

 

Juste le temps d'un éclair la porte s'ouvre pour qu'une main chope une jupette.

"Celle là, elle a de la chance : elle sort cet après-midi !"

Ça rouspète dans les ténèbres.

"Pourquoi pas moi ? Je suis sûrement trop laide !"

"Il n'y en a que pour les jeunes !"

"Moi, la dernière fois que je suis sortie c'était ….tiens, je ne m'en rappelle plus !"

"Moi, je m'en souviens c'était quand elle avait rencontré un grand badinguet pas futé….."

 

Tout le monde l'aura compris la vie n'est pas rose dans un placard mixte !

 La surpopulation entraîne des désordres....

 

daniel

écrivain

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