l'écrit de Daniel 3

UNE HISTOIRE DE LIT

 

Ouf ! Les oiseaux tourtereaux sont envolés, partis, sortis du lit. Enfin ! Pas trop tôt.

Le lit libre se dit qu’il va pouvoir enfin faire la sieste. Un repos bien mérité. Enfin faut pas être pressé ! Il lui faut attendre qu’on daigne lui remettre la couette bien comme il faut.

Espérons qu’ils ne fassent pas autant de bruit qu’hier. Ils se sont chipotés* toute la journée et lui n’a pu fermer l’œil.

La couette finie par être tirée, l’aspirateur par se taire et le lit finit par s’endormir son devoir remplit.

 

Il se sent bien le lit : pas trop de bruit, une légère nappe d’air qui embaumait bon coulait par l’entrebâillement de la fenêtre ; il dormait bien le lit !

 

Il finit par se réveiller et eut peur : une nuit noire l’entourait et il « trouillait » grave seul dans le noir.

 

Tiens les voilà qui revenaient et il allait les avoir sur le dos ! Rien que d’y penser l’endolorissait d’avance. Il n’avait pas vu le coup arriver car il avait du replonger dans le sommeil. Les deux étaient couchés quand il reprit ses esprits. C’est sûr il ne pourrait pas replonger de sitôt.

 

Ils se mirent à causer – comme s’ils ne pouvaient pas faire ça ailleurs.

 

Lui : et blablabla ; monsieur racontait sa journée pleine de joies et encore plus de peines.

Elle : et blébléblé ; madame exposait ce qu’elle avait ponctionné sur le compte aujourd’hui et ce qu’elle envisageait de dépenser demain.

Les explications n’en finissaient pas ! Et le lit au bord de la crise de nerfs désespérait de retrouver la tranquillité.

 

Lui : « bisoubisou ? »

Elle : « bébébébé ! »

Fermer le ban

Le lit se marrait à s’étouffer sur l'oreiller !

 

                                 Parfois c’était plus comique se disait le plumard ; enfin comique pas trop...

                                 Lui : « bisoubisou ? »

                                 Elle : « zoubizoubi ! »

                                 Le mot de passe était prononcé : ouvrez le ban.

                                 Le lit ne rigolait plus !

 

Bref, revenons à nos moumoutes !

La lumière venait de s’éteindre. Le lit aurait pu croire à la tranquillité durable, mais non dix minutes à peine s’étaient écoulées qu’elle rallumait la lumière : elle avait cru entendre une araignée et d’un seul coup c’était le branle-bas de combat.

Ils s’enquirent de chercher ladite bruyante araignée – lui, pour lui faire plaisir ; elle, pour se rassurer – mais n’en trouvèrent point. La chasse à rien terminée la lumière s’éteignit et le noir revînt.

Le lit ne se faisait pas d’illusions : après l’araignée, elle irait voir si la cafetière était bien programmée pour demain, après elle courrait voir si sa carte bancaire était toujours là ...

 

Ensuite il y eut les ronflements. Abondants les ronflements qui empêchèrent le lit de se détendre et il se mit à repenser à la semaine dernière.

Lui – un grand échalas** - avait fumé au lit. Comme il fallait s’y attendre il l’avait grillé et fait un trou dans la peau du matelas qui avait eu peur de finir grillé flambé ou mouillé noyé. Elle – une petiote sotte – lui avait mis un bouche-trou autocollant. Et pour comble ils l’avaient retourné, mis sens dessus dessous.

Ce qui fait qu’auparavant il avait un gros creux sur l’estomac et à présent il en avait deux sur le dos …

Pas facile pour un lit de dormir tranquille !

 

  

daniel

 

* Chipoter : Faire des difficultés pour des riens.

** Échalas (familier) : personne grande et maigre, au maintien raide.

 

 

 écrivain

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