l'écrit de Daniel 3

la foret

Des têtes frisottées ou échevelées se balancent dodelinantes, indécises.

Un extraterrestre de passage pourrait croire qu'elles acquiescent à quelque chose d'important et qu'elles nient tout en bloc l'instant d'après, tout comme des électeurs hésitants.

Les millions de feuilles s'agitaient sous l'effet du vent. Elles frissonnaient et bruissaient au moindre coup de vent.

Un vent, une fois souffletant moins fort qu'un asthmatique, une fois soufflant méchamment bruyamment comme un éternueur.

On se demande toujours quel habile tailleur de feuilles exécute ce travail d'art qu'est le crantage des rives de feuilles de mille façons différentes.

Tenues en laisse, retenues par une fragile maigrichonne attache à une branche, elles demeurent captives selon la volonté du maître des saisons.

 

Des allées en forme de tunnel paraissant creusées dans le feuillage s'enfonçaient cheminant toutes droites à travers bois et menant on ne sait trop où. Souvent elles croisent d'autres chemins tous aussi droits menant à des destinations inconnues. Elles sont le bonheur des promeneurs venus aspirer au bon air pur et renifler l'odeur champignonneuse.

 

Des oiseaux sifflent des airs gais sans fin ne possédant ni queue ni tête. Des biches et gros animaux bien dissimulés riaient sous cape du bon tour qu'ils jouaient aux petits curieux venus les débusquer sans y parvenir.

 

 

C'est la dernière coloration avant l'hiver. Le maître colorateur-friseur - cherchant à offrir du plaisir aux yeux - applique la teinture de fin de saison. Écolo économe, afin de ne rien perdre il utilise les fonds de pots de peintures.

Cela produit un effet bœuf sur la forêt.

Les superbes colorations des feuilles impressionnent l'œil avec leurs tons rouille et demi rouille ; entre chlorophylle pure et vert wagon ; teintes champignons à la crème ; ton blanc daim ou blondinette grand teint ; coloris coq de bruyère et paon.

Ici des touches mordorées* ; là, des pointes cuivrées vert-de-gris ou bronzées ; ailleurs des tons citrouille et potiron.

 

Un décorateur farfelu s'amusait à appliquer de la feuille d'or sur le toit de la forêt.

L'œil affolé apercevait des teintes riches : des pépites d'or parsemées sans compter enrichissaient le feuillage.

 

Forêt mystérieuse : certains arbres gardent leurs permanentes, d'autres perdront leurs cheveux sur un coup de tête au changement de saison. Certaines peintures à l'eau décoloreront.

Les feuilles longtemps couvre-chefs et pare-soleil tomberont pour se transformer en un vaste tapis craquant.

 

Mais déjà l'hiver guette ! Le maître colorateur-défrisoteur anticipe, prépare dans ses nuages, en grandes quantités, la future teinte qu'il déversera sur la forêt.

 

La forêt à mille tons, c'est beaucoup plus charmant …. (air connu)

 

 * mordoré : d'une couleur brune avec des reflets dorés.

  daniel

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