à lire le soir

 

Barbedouce

 

Le petit bout de chou attendait piaffantd’impatience dans son lit. La comédie du soir débuterait bientôt.

Il reconnaissait l’instant car après son repas du soir « Ils » l’avaient trempé dans l’eau puis comme s’il s’agissait d’une maladresse « Ils » l’avaient frotté pour l’essuyer. Ensuite « Ils » l’avaient allongé dans son lit. Veilleuse de nuit et babyphone se trouvaient mis en place ; donc forcément ça n’allait plus tarder.

 

Je vous le disais que ça n’allait plus tarder : ça grattoullait à la porte. Comme par hasard la porte s’entrebâillait et un bout de livre pointait son nez en s’agitant.

Il lui fallait glapir pour que la porte s’ouvre toute grande pour laisser entrer le livre et le lecteur.

 

Le gamin sortait tête et oreilles de dessous son drap pour mieux écouter.

Sitôt les joues dégagées venaient inexorablement les séries de bisous : certaines rapides et bruyantes ; d’autres comme si elles allaient lui aspirer la bajoue ; la dernière série silencieuse faite avec amour déposait des gros bisous sur les joues. Et toujours cette barbe qui en profitait pour le chatouiller !

Venait enfin le temps de raconter l’histoire du soir.

Bien calé sur son oreiller, il écoutait cette fois une histoire - d’hier et de nos jours et probablement hélas de demain - de petit gars dont les parents voulaient aller le perdre en forêt parce que l’argent leur manquait pour lui acheter de quoi manger.

À chaque histoire nouvelles ses pensées oscillaient entre la peur, la tristesse, l’injustice et l’exaltation, l’excitation, la joie… Beaucoup de questions traversaient la tête du petit.

Était-ce normal que des parents veuillent perdre leur enfant dans les bois ? Et pourquoi ne pouvaient-ils plus lui donner à manger ?

Entracte ! Avant qu’il n’aille plus loin dans ses questionnements un agréable chatouillis lui arrivait sur la joue. Et il riait, riait...et oubliait vite ses questions.

Le narrateur bonimenteur poursuivait sa lecture omettant des détails trop difficiles à entendre pour un petit enfant et rajoutait des farces et facéties plus en relation avec un petit bonhomme tout neuf.

Ainsi l’histoire se transforme : arrivés dans le forêt les parents du Petit Poucet reçoivent un SMS qui leur signifie qu’ils ont reçuun don - une bonne somme d’argent - de la part d’une généreuse donatrice émue par leur situation. Du coup la famille s’en retourne entière chez elle heureuse de pouvoir nourrir leur Petit Poucet et lui offrir chaque jour de bons desserts !

 

Une autre fois, dans une autre histoire c’est le vilain loup féroce qui se fait chasser à coups de poêle à frire sur le derrière par la fragile grand-mère ! Le loup déguerpissait à petite vitesse se traînant à la rivière pour y prendre un bain se siège !

Avec toujours flânant, se baladant sur la joue une barbe qui chatouillait le gamin pour l’aider à se détendre et le préparer au sommeil.

Pause ! Les paupières clignotaient et le bambino baillait comme une carpe dans le lit de la rivière.

Un dernier balayage de petit coup de barbe allait finir d’endormir l’enfant.

Juste avant de rejoindre le pays des rêves aux histoires magiques le gamin lui murmure :

« Barbedouce : c‘est mon papa à moi ! »

 

 daniel

 

 écrivain

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